Profession:Pourri

 

 

 

Cet article a été écrit par Jean Francois Vachon, journaliste à l'hebdomadaire la Frontière en Abitibi. Il reflète bien la réalité rencontrée par les arbitres au hockey mineur. Nous publions ce papier avec l'accord du journal La Frontière.

 

Daniel Côté, directeur communication Hockey Québec

 

ROUYN-NORANDA - Dans les arénas partout en région, à tous les niveaux, une chose ne change jamais: les arbitres sont les mal-aimés du hockey. Peu importe ce qu’on leur crie, ils continuent tout de même à permettre aux jeunes de pratiquer leur sport.

 

Étienne Jacques arrive à l’aréna avant son match. Comme les joueurs, il va se réchauffer et se concentrer. Ce soir, il sera sur la glace avec son uniforme rayé blanc et noir. Joueur de golf, c’est l’inactivité hivernale qui l’a mené à l’arbitrage.

«Je faisais du sport-études en golf et je cherchais à faire quelque chose l’hiver. J’ai aimé ça et je n’ai pas arrêté depuis. Ça me permet de voir d’autres aspects d’une partie de hockey. Pour moi, être arbitre, ça me permet d’avoir une meilleure estime», a-t-il relaté.

Mais qu’est-ce qui le pousse à embarquer sur la glace et à endurer les critiques comme il le fait à de nombreuses reprises? «Je fais ça pour l’amour du sport», a-t-il lancé.

 

Prendre la bonne décision

 

Quand l’heure du match arrive, Étienne Jacques est le premier sur la glace. Arbitre en chef pour ce match, il sera celui qui prendra les décisions.

«Comme les joueurs, il y a des parties faciles et d’autres qui sont difficiles. Tu es autant dans le match que les joueurs. Tu n’as pas le temps d’analyser ce qui se passe dans les estrades ou ce qu’on te crie parce que tu dois te concentrer sur ton travail. Tu dois être dans ta bulle», a-t-il expliqué.

Certaines décisions sont d’ailleurs importantes à prendre. «C’est important de faire les gros calls. Ils sont durs à faire, mais il faut les faire. On doit rendre les bonnes décisions. De toute façon, une décision sera toujours en faveur de quelqu’un», a exposé le jeune homme.

Si Étienne Jacques est confiant, c’est qu’il a acquis un bagage d’expérience au travers de ses années d’arbitrage. «C’est certain qu’au début, c’était plus difficile, mais plus tu fais de matchs, plus tu acquiers de l’expérience et plus ta bulle est forte», a-t-il affirmé.

 

Oublier les erreurs

 

Durant un match, il lui arrive de rater une pénalité ou d’en donner une qui n’a pas raison d’être. Les erreurs font partie de son quotidien. «On commet tous des erreurs. Le hockey, c’est un sport d’erreurs et c’est pareil pour les arbitres. Quand on termine notre match, on doit les oublier comme tout le monde», a-t-il confié.

L’important pour l’arbitre, c’est de toujours garder en tête qu’il a raison. «Même si tu fais une erreur, tu dois bien paraître. Tu dois essayer d’expliquer. Il y a une question de jugement et on ne voit pas toujours les choses de la même façon», a-t-il fait valoir.

 

Critiqué de toutes parts

 

Tant les parents que les entraîneurs vont critiquer les décisions du jeune arbitre durant son match. «Oui, les entraîneurs vont critiquer certaines de nos décisions, mais ils font leur travail et, nous, on fait le nôtre. L’important, c’est qu’on garde une bonne relation avec eux», a insisté Étienne Jacques.

Malgré cela, il oublie rapidement les agissements d’un entraîneur. «Il n’en a pas contre moi personnellement, mais contre l’arbitre. Quand je suis rendu chez nous, mon gilet est dans mon sac et j’oublie. Il ne faut pas prendre ça personnel. Quand la partie est finie, elle est finie. Tu ne devrais même pas te rappeler de tout. Il faut que tu te dises que tu as fait de ton mieux et que c’est normal que ce ne soit pas toujours des parties faciles», a-t-il signalé.

 

La fraternité

 

À son retour au vestiaire, après son match, avec ses juges de ligne, l’ambiance est bonne. «Il y a de très bonnes relations entre arbitres. On est toujours là pour se soutenir. On travaille en équipe. Un arbitre en chef a besoin de ses juges de ligne et vice-versa. On est là pour les autres», a rappelé Étienne Jacques.

C’est aussi ce côté de l’arbitrage qu’il préfère. «Les meilleurs moments, ce sont les tournois. On est 15 à 20 arbitres à se tenir ensemble», a-t-il indiqué.

Au final, comme les joueurs, Étienne Jacques espère lui aussi grimper les échelons. «Comme tout le monde, on souhaite atteindre les plus hauts niveaux. On donne notre plein potentiel. De plus, en région, il y a de la place si on veut monter. C’est la situation idéale», a-t-il conclu.

 

L’arbitrage, une question de jugement

 

Pour les arbitres de hockey, les décisions ne sont jamais toujours blanches ou noires. Le gris prédomine souvent.

« Au tennis, ils ont des reprises vidéo et ils doivent savoir si la balle est tombée sur la ligne. Il n’y a pas de jugement. Elle est sur le terrain ou en dehors. L’arbitrage au hockey, c’est différent. Tout est une question de jugement», a illustré Dany Hamel-Boulay.

Mais savoir prendre la bonne décision, ce n’est pas chose des plus faciles non plus. «Ton jugement d’arbitre prend un certain temps à se développer. Tu dois aussi avoir un certain degré de confiance. Plus tu acquiers de l’expérience, plus tu as un meilleur jugement et plus tu es capable de mieux réagir», a fait valoir Raphaëlle Morin-Blais.

Dans les catégories où les plus jeunes évoluent, il ne faut pas se laisser influencer par un garçon qui pleure. «On call ce qu’on doit caller. La conséquence n’est pas importante», a indiqué Étienne Jacques.

 

Le pire niveau

 

Les premières années d’arbitrage sont les plus dures. Non seulement les jeunes doivent apprendre les règles, mais c’est à ce niveau qu’on rencontre le pire. «Pour moi, les pires niveaux où arbitrer, c’est le novice, l’atome et le pee-wee maison. Les parents pensent que leurs jeunes vont se rendre dans la LNH. C’est souvent aussi là que tu commences. Quand j’ai débuté, après une partie de Pee-Wee B, je ne voulais même plus arbitrer tellement ça avait été pénible», a avoué Raphaëlle Morin-Blais.

Même son de cloche pour un de ses collègues, Dany Hamel-Boulay. «Ce sont les pires catégories [atome, novice, pee-wee], car les parents sont très impliqués émotionnellement. Dès qu’un jeune est blessé, même si c’est seulement un petit bobo, les parents réagissent fortement», a-t-il mentionné.

 

Les parents, toujours au centre

 

Difficile de ne pas parler des parents qui n’hésitent pas à déballer des insanités dans les arénas envers des arbitres, souvent âgés entre 15 ans et 25 ans. «Souvent, il n’y a qu’un ou deux parents qui se démarquent du lot, mais on ne peut pas vraiment faire quelque chose. Il faut vivre avec», a concédé Dany Hamel-Boulay.

«Pour moi, c’est que les gens ont une certaine méconnaissance des règles. Ça fait en sorte qu’ils se permettent plus de chialer», a ajouté Pierrick Deschênes.

De son côté, Raphaëlle Morin-Blais a vu une évolution chez son propre père. «Mon père n’était pas le pire, mais il critiquait souvent les arbitres. Quand j’ai commencé à arbitrer, il a commencé à moins crier après les arbitres parce qu’il savait que sa fille était maintenant sur la glace. C’était différent», a-t-elle expliqué.

Mais la jeune femme a aussi vu des joueurs qui sont aussi arbitres. «Quand je jouais au hockey, les gars qui étaient arbitres étaient aussi les pires chialeux sur la glace. Je crois que ça dépend du caractère», a-t-elle souligné.

 

Améliorer les choses pour les arbitres

 

Même les arbitres ont des opinions sur ce qu’on devrait faire pour aider les jeunes à perdurer dans cette facette du hockey qui n’est pas la plus facile.

Le mentorat est quelque chose d’important et qui manque, selon Dany Hamel-Boulay. «Pour moi, quelque chose qui manque un peu, c’est de toujours jumeler un jeune qui commence avec un vieux. Ça permet d’avoir une certaine sécurité pour le jeune arbitre», a-t-il expliqué.

Pour les parents, une solution devrait déjà être en place. «Dès le début de la saison, les équipes doivent avoir un responsable des parents et l’entraîneur doit faire passer le mot qu’ils ne peuvent pas crier après les arbitres. Malheureusement, ce n’est pas tout le monde qui suit ça à la lettre», a signalé Dany Hamel-Boulay.

Les arbitres de la région bénéficient aussi d’un encadrement de qualité. «On a des superviseurs qui s’occupent de nous. De plus, quand on participe à des tournois provinciaux, on va chercher un bon bagage et on rencontre des arbitres d’un peu partout», a soutenu Pierrick Deschênes.

 

Des cours aux entraîneurs et aux joueurs?

 

Raphaëlle Morin-Blais a déjà arbitré à Sherbrooke et elle a vu un aspect intéressant. «Les joueurs Midget Espoir devaient faire le cours pour devenir arbitre. Ça leur permettait de voir c’était quoi être arbitre en plus de leur permettre de mieux connaître les règles», a-t-elle raconté.

Est-ce qu’il faudrait obliger les entraîneurs à suivre un cours pour eux aussi connaître mieux les règlements? «Oui, ça serait bien d’obliger les entraîneurs à suivre un cours d’arbitre, mais ce sont des bénévoles qui ont déjà beaucoup de responsabilités. Ils doivent gérer une équipe, les entraînements, les comportements de leurs jeunes. C’est déjà difficile pour eux sans leur ajouter une autre responsabilité», a signalé Dany Hamel-Boulay.

Dans les catégories double lettre, les entraîneurs connaissent souvent un peu mieux les règles. «Quand tu arbitres dans un calibre plus élevé, les entraîneurs et les joueurs connaissent mieux la game. Ils te challengent souvent quand tu as tort. Ils savent aussi que tu es un humain et ils vont te poser des questions plutôt que de chialer. Ils comprennent aussi plus les choses», a exposé Raphaëlle Morin-Blais.

 

L’arbitrage en bref

 

Exigeant

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les arbitres se doivent d’être en forme. Même qu’ils sont beaucoup plus sollicités qu’un joueur de hockey. «Sur le plan physique, l’arbitrage est exigeant. Après une partie, je suis complètement brûlée. On n’a pas de pause, alors que les joueurs vont, habituellement, être dans le tapis pendant 50 secondes», a expliqué Raphaëlle Morin-Blais.

 

Bien sur un curriculum vitae

 

L’arbitrage est aussi une belle valeur à ajouter sur le curriculum vitae. «L’arbitrage développe un tas de qualités. Ça prend de la patience et on apprend à gérer des tas de choses», a indiqué Dany Hamel-Boulay.

 

Rester calme devant les entraîneurs

 

Le truc le plus important que les arbitres ont exposé lorsqu’ils ont été questionnés, c’est de rester calme en toute situation, même quand un entraîneur se laisse aller. «Tu dois l’ignorer. Tu dois toujours penser que tu as raison, même si tu as raté un call», a soutenu Pierrick Deschênes.

Dany Hamel-Boulay croit la même chose. «Quand tu t’expliques avec un entraîneur, il faut que tu restes calme et que tu prennes ton temps pour t’expliquer. Si tu es trop émotif, ça va mal virer», a-t-il signalé.

 

De beaux moments

 

Malgré que l’arbitrage puisse être difficile, il permet aussi de vivre de beaux moments comme celui de Raphaëlle Morin-Blais. «J’ai arbitré un match de la Canadian Women Hockey League entre les Stars de Montréal et une équipe de Boston. Il y avait cinq joueuses d’Équipe Canada et l’aréna était plein. C’est vraiment un beau souvenir», a-t-elle évoqué.

 
Source: Journal La Frontière/ www.lafrontiere.ca